1934 – 2018
Fabien Eboussi Boulaga
Philosophe, théologien, essayiste et éditeur camerounais, auteur de La crise du Muntu (1977) et de Christianisme sans fétiche (1981). Sa pensée de l’authenticité, de la liberté et des institutions politiques a marqué plusieurs générations de chercheurs en Afrique et ailleurs.
Fabien Eboussi Boulaga naît le 17 janvier 1934 à Bafia, au Cameroun. Son enfance se partage entre la mission catholique de Lablé et le centre commercial de la ville. Après l’école primaire d’Efok, il entre au petit séminaire d’Akono, dont il fait partie de la première promotion présentée au baccalauréat. Il y reçoit une formation « rude mais complète » qui associe travail manuel, sport, études et discipline spirituelle d’origine monastique.
Bachelier en 1955, il entre dans la Compagnie de Jésus. Ses études le conduisent au Congo, puis en France, où il suit un cursus de lettres classiques. De 1962 à 1964, il enseigne le latin et l’anglais au collège Libermann de Douala. Il soutient en 1968 à Lyon une thèse sur Le mythe du dialogue chez Platon et est ordonné prêtre en 1969.
Avec La crise du Muntu. Authenticité africaine et philosophie (1977), il soumet à la critique à la fois l’ethnophilosophie et l’usage colonial de la philosophie, et propose un « réemploi de la philosophie, une relecture en situation ». Christianisme sans fétiche (1981) prolonge ce geste du côté de la foi. Il quitte la Compagnie de Jésus en 1980, « pour les mêmes raisons d’honnêteté », dira-t-il, que celles pour lesquelles il y était entré.
Professeur à Abidjan puis à l’Université de Yaoundé, il enseigne à l’Université catholique d’Afrique centrale (UCAC) de 1994 jusqu’à sa mort. Dans les années 1990, il accompagne les luttes démocratiques au Cameroun et en Afrique : Les conférences nationales en Afrique noire (1993), La démocratie de transit au Cameroun (1997) et les chroniques réunies dans Lignes de résistance (1999). Il anime la revue Terroirs et les éditions du même nom, où paraissent notamment L’état du Cameroun (2009).
Il meurt à Yaoundé le 13 octobre 2018. Il repose à Yoro.
On s’en va pour les mêmes raisons d’honnêteté pour lesquelles on est entré.Entretien avec Ambroise Kom, Fabien Eboussi Boulaga. La philosophie du Muntu, Karthala, 2009
Repères
- 1934
Naissance à Bafia, le 17 janvier.
- 1955
Baccalauréat au petit séminaire d’Akono ; entrée chez les Jésuites.
- 1962-1964
Enseigne le latin et l’anglais au collège Libermann de Douala.
- 1968
Thèse de doctorat à Lyon : Le mythe du dialogue chez Platon.
- 1977
La crise du Muntu. Authenticité africaine et philosophie, Présence Africaine.
- 1980
Quitte la Compagnie de Jésus.
- 1981
Christianisme sans fétiche. Révélation et domination, Présence Africaine.
- 1992
Premier numéro de Terroirs. Revue africaine de sciences sociales.
- 1993-1999
Les conférences nationales en Afrique noire, La démocratie de transit au Cameroun, Lignes de résistance.
- 1994-2018
Enseigne à l’Université catholique d’Afrique centrale, à Yaoundé.
- 2011
L’affaire de la philosophie africaine, Karthala / Terroirs.
- 2018
Meurt à Yaoundé, le 13 octobre.
Notions clés
Muntu
L’humain africain saisi dans la crise que produisent la colonisation et l’assimilation, et appelé à se reprendre lui-même plutôt qu’à se réfugier dans une tradition figée.
Dialectique de l’authenticité
L’authenticité n’est ni repli sur le particulier ni dilution dans l’universel : elle est une praxis qui se construit en situation, entre l’en-soi, le pour-soi et le pour-autrui.
Réemploi de la philosophie
Reprendre la philosophie « comme relecture en situation », en la détournant de sa fonction d’attribut du pouvoir.
Christianisme sans fétiche
Une lecture du christianisme qui en écarte la domination missionnaire et retient le « modèle christique » : la puissance devenue service.
Dialogue des lieux
La philosophie comme « production d’un lieu » : une rationalité topologique où l’universel n’est pas donné mais à faire, à partir de la pluralité des cultures.
Dissidence et résistance
Se tenir à l’écart du conformisme pour défendre la justice et la responsabilité, et structurer les résistances dispersées en une conscience commune.


