Groupe JOGOO, Philosophie africaine. Débats & questions

Entrance slide

Flash d’entrée

« Penser, oser penser et oser donner à penser sur la philosophie, sur la philosophie en Afrique, sur la philosophie africaine. »

Texte 1

Philosophie(s) africaine(s) ? Philosophie en Afrique ? Philosophie ?

En quoi consiste la philosophie africaine ? Serait-il scandaleux de dire « à rien » ? Oui, si on n’ajoute pas « de spécifique » ou « de différent » dans la forme , mais sans doute dans le contenu.

Les réflexions que nous voulons entretenir ici ont d’abord pour but, non de tomber dans le « piège de la différence » dont parlait F. Crahay il y a une cinquantaine d’années, mais tout simplement de penser, oser penser et oser donner à penser sur la philosophie, sur la philosophie en Afrique, sur la philosophie africaine, ou encore sur les philosophies africaines ; bref, sur l’homme en tant que, dans un milieu donné, il se donne pour leitmotiv la « quête du sens ». Il n’est pas question de discours de revendication ou de « justification » d’Africains sur une Afrique beaucoup plus souvent « pansée » que « pensée », mais de ce qui devrait faire l’être-homme manifesté et pas simplement (re)cherché…

On constate que la saisie de la philosophie africaine contemporaine s’effectue aujourd’hui de quatre manières principales : la première est une espèce de recensement de la vie philosophique, la deuxième consiste à constituer des bibliographies, la troisième rassemble des textes philosophiques dans des anthologies et la dernière est une tentative de synthèse de cette pensée éparse et mouvante (P. Ngoma-Binda, 1994, p. 23).

« PHILOSOPHIE AFRICAINE. DÉBATS ET QUESTIONS » est donc le portail pour l’Homme, parlant de lui-même ou des autres, proches comme lointains dans l’espace et dans le temps ; qui réfléchit sur ce qui détermine son être au monde, et qui le pousse sans cesse à aller au-delà de lui et de lui-même.


Texte 2

Le statut du savoir philosophique africain aujourd’hui

Mbiribindi Dieudonné , Kinshasa, RDC

Si l’expression philosophie a été depuis longtemps identifiée au savoir, si la pensée africaine a même été de façon abusive réduite à une ethnophilosophie, il est de bon ton, pour les temps qui sont les nôtres, de laisser de côté la problématique de l’existence ou de la non-existence de la philosophie africaine, pour laisser s’exprimer le savoir africain devenu un concept englobant plutôt que réductionniste. Questions variées, littérature obvie, approches pluridisciplinaires, identité plurivoque : tels sont les horizons qui nous mettent en demeure de réfléchir sur le nouveau statut de la philosophie africaine, ainsi que sur sa nouvelle identité et sa destinée.

Une tentative de compréhension du terme savoir dévoile quelques faits : le savoir ne peut être emprunté, c’est un avoir découvert et personnalisé, parfois aussi apprivoisé. C’est ce que l’homme possède en propre, dont on se réclame détenteur mais non dépositaire. C’est aussi un savoir devenu une force, parce que pour l’acquérir le sage a dû souffrir, peiner, sur les voies rudes de la sagesse.

Le chercheur africain doit avouer qu’il ne peut prétendre détenir le savoir dans son intégralité : il ne possède qu’une portion du savoir. Aux antipodes du savoir importé et du savoir traditionnel, il s’agit de penser un savoir mondialisé, globalisé, qui serait universalisable. Ainsi prend fin le paradigme du sage ésotérique qui garde un savoir secret et réservé à un cercle restreint, pour un nouveau paradigme d’un sage exogène, « une rationalité partagée », dirait Bwangila.

Cette appropriation s’accompagne d’une dimension importante de la philosophie : la critique. Quatre termes viennent donner au savoir africain un statut susceptible de réaliser le projet du chercheur-philosophe de nos jours : ouverture, enracinement, appropriation, mondialisation.

L’axe de l’ouverture lui révèle que son savoir est celui d’un sage moderne qui sait entrer en dialogue avec la pluralité d’autres formes de savoir. L’axe d’enracinement lui dit qu’il est toujours déjà un chercheur fils de son temps, enraciné dans une identité narrative, résultante de la symbiose entre l’histoire, la mémoire et la responsabilité. Le dernier axe, celui de la mondialisation, le pousse à ne pas s’enfermer dans un savoir clos et homogène : son savoir doit être un savoir pour et avec les autres.

Un nouveau paradigme se donne ainsi à lire : la voie de penser l’universel, de quitter le vieux débat d’une philosophie essentiellement africaine, vers une philosophie africaine apprivoisée mais tout aussi mondialisée, susceptible d’être universalisée. Il ne s’agit pas de n’être plus distinctement africain, mais d’être un Africain riche d’une différence de penser que l’on vise à élever à l’universel. Nous sommes désormais non pas des philosophes africains, mais des philosophes tout court, ayant les pieds en Afrique et l’intellectus tourné vers les cimes d’une sagesse universelle.


Texte 3

Les pas pour une odyssée de la philosophie africaine

François-Xavier Akono , Yaoundé, Cameroun

La philosophie, si nous la comprenons comme une manière de penser de façon critique, cohérente, méthodique, personnelle et systématique sur tout ce qui constitue la trame de la vie humaine, ne peut être limitée à un seul peuple, ni être considérée comme le privilège d’une quelconque civilisation. Il est révolu le temps où l’on entendait dire : « la philosophie parle grec, elle est fondamentalement allemande, de par son essence. »

Le premier pas est de commencer par une compréhension de ce qu’est la philosophie et de ce qu’elle est appelée à être dans un contexte africain marqué par des situations-limites encore à découvrir. Le deuxième pas est celui de la désaliénation de l’Africain : refuser de poser devant soi un modèle de pensée auquel on cherche à se conformer structus sensus.

Certes, nous avons besoin de nous inscrire dans une tradition , mais cette tradition philosophique est toujours à réinventer, à recréer. Le quatrième pas est celui d’une réappropriation d’une tradition à réinventer : nous sommes philosophes africains si, après avoir lu Platon, Descartes, Kant, Heidegger, Carnap, nous faisons l’effort de nous réapproprier cette tradition en réponse aux besoins de notre temps et de notre contexte.

Le cinquième pas est de s’inscrire dans le mouvement du devenir philosophique africain : la philosophie africaine est ce qu’elle devient, elle est en devenant. Le sixième pas est celui d’une histoire des idées philosophiques en Afrique, qui pourrait nous conduire à une reprise-critique-contextuelle des grandes questions qui ont fait école.

Reprendre, c’est revaloriser, remettre devant ce qui semblait jeté dans les oubliettes. Critiquer, c’est discerner, examiner et choisir ce qui convient. Contextualiser, c’est actualiser la pensée reprise et critiquée, et voir dans quelle mesure elle peut être adaptée aux questions de l’homme africain hic et nunc.

Mais il reste un dernier pas, peut-être le plus important : celui d’une philosophie prospective, qui cherche, sans être une fiction, à être une réponse aux problèmes à venir , une manière, pour les Africains, de penser en anticipant les événements. Le philosophe africain doit voir plus loin que les problèmes de l’immédiateté.


Texte 4

S’abreuver aux sources de la culture : l’interculturalité

Sandrine Rebecca Kongoue , Abidjan, Côte d’Ivoire

Concept d’actualité de ces deux dernières décennies, l’interculturalité évoque le rapport des cultures entre elles. La floraison de préfixes rattachés à la notion de culture n’est pas faite pour atténuer la définition du concept ; d’une manière générale, l’interculturel est confondu avec l’interculturalité.

L’interculturalité se fait processus, mouvement des cultures vers d’autres cultures. C’est ce mouvement qui permet l’acceptation et la compagnie d’autrui, à la différence de l’interculturel qui pose la culture comme immuable, donc figée. Poser les cultures comme mobiles permet leur coexistence et fait de l’interculturalité un conduit vers une égalité des cultures, vers l’admission de la diversité culturelle.

Récemment étudiée en philosophie, l’interculturalité se veut une approche réflexive du mouvement de soi à l’autre dans un dialogue des cultures. L’allégation d’une philosophie universelle doit avoir pour caractéristique intrinsèque « l’exigence de la pensée » (Fabien Eboussi Boulaga, La crise du Muntu, 1977). Toute pensée universaliste est pensée de soi, pour soi et pour l’autre.

L’ouverture de soi à l’autre présuppose une connaissance de soi, avant même qu’elle ne mène à la reconnaissance et à l’acceptation de l’autre. L’enjeu de l’interculturalité, et par ricochet de la philosophie africaine, réside dans l’assimilation du concept d’égalité. Elle induit une communion en lieu et place d’une domination.