Groupe JOGOO, Philosophie africaine. Débats & questions

Édito de la semaine · L’invité

Philosophie de la guerre

Polemos : penser la guerre depuis l’actualité mondiale

Dia Mbwangi Diafwila · Endowed Professor of Global Scholars USA & Canada

Dia Mbwangi Diafwila · Endowed Professor of Global Scholars USA & Canada

13 septembre 2026

PartagerCommentaireTélécharger le PDF
Des pompiers luttent contre l’incendie d’un immeuble touché par une frappe russe, Kyiv, septembre 2026.
Des pompiers luttent contre l’incendie d’un immeuble touché par une frappe russe, Kyiv, septembre 2026.

Du 5 au 7 septembre 2026, Moscou et Kiev ont suspendu leurs frappes sur leurs capitales respectives. La trêve n’avait ni médiateur formel, ni texte, ni durée négociée : elle avait un motif, et ce motif était un déplacement — celui des émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner, attendus à Moscou le 6, puis à Kiev le 7 avec des représentants français, britanniques et allemands. Le temps de la visite, le ciel fut rendu silencieux. Dans la nuit du 7 au 8 septembre, les émissaires à peine partis, des missiles balistiques et des drones russes frappaient de nouveau Kiev, faisant au moins deux morts et huit blessés, quelques heures après que Witkoff eut évoqué des « progrès substantiels » en vue de pourparlers tripartites ; le chef de la diplomatie ukrainienne, Andriï Sybiga, résumait la séquence d’une phrase : les missiles balistiques de Vladimir Poutine en disent plus long que ses discours sur la diplomatie. Les chiffres, eux, ne connaissent pas d’intermittence — pour le seul mois de juillet 2026, les Nations unies ont vérifié quatre cent trente-sept civils tués et deux mille six cent dix blessés en Ukraine. La trêve n’a donc pas eu la durée d’une négociation : elle a eu la durée d’une visite. C’est précisément là que commence la philosophie, et l’étonnement porte sur la démarche avant même de porter sur la morale. Une trêve, dans la tradition, se justifie par ce qu’elle protège : relever les morts, évacuer les blessés, laisser passer les convois, célébrer une fête. La trêve de Dieu interdisait le combat certains jours, les trêves olympiques garantissaient le passage des pèlerins, les cessez-le-feu humanitaires sont indexés sur la vulnérabilité des civils ; partout, le silence des armes a pour mesure la souffrance qu’il suspend. Ici, la mesure fut l’itinéraire de deux émissaires : la trêve n’a pas protégé des civils, elle a protégé une conversation, et sa condition de possibilité s’est éteinte avec elle. Or si les frappes pouvaient cesser trois nuits sans que la position militaire de personne s’en trouve compromise, c’est qu’elles n’étaient, ces trois nuits-là, militairement nécessaires ni d’un côté ni de l’autre — et une guerre qui s’interrompt sans coût pour ses objectifs administre involontairement la preuve que ses moyens excèdent ses fins. Quand la reprise survient au départ exact des visiteurs, la frappe cesse d’être un moyen au service d’une fin politique : elle devient un message adressé à ceux qui viennent de partir, et la destruction prend valeur de signature. La doctrine de la guerre juste s’était pourtant constituée pour empêcher cela. Le jus ad bellum interroge le droit d’entrer en guerre — cause juste, autorité légitime, intention droite, dernier recours, proportionnalité — et le jus in bello en encadre la conduite : discrimination, proportionnalité des moyens, nécessité militaire. Augustin en avait posé l’intuition, Thomas d’Aquin la forme scolastique, Grotius et Vitoria la traduction en droit des gens, les Conventions de Genève l’obligation positive. Appliquée à la séquence du 5 au 8 septembre, cette grille produit une gêne : le dernier recours suppose les voies non violentes épuisées, or elles se tenaient à Moscou puis à Kiev et furent interrompues non par leur échec mais par leur clôture ; l’intention droite suppose que l’on fasse la guerre en vue de la paix, or une frappe calée sur le départ d’une délégation de paix vise ceux qui l’organisent ; la nécessité militaire, enfin, est démentie par la trêve elle-même. La difficulté est plus profonde encore, car la guerre juste est aujourd’hui invoquée par tous les camps à la fois — par l’Ukraine qui y fonde sa défense, par la Russie qui l’habille de ses récits de sécurité, par les puissances extérieures qui y adossent tour à tour l’armement et la pression. Une théorie qui légitime tout le monde ne légitime plus personne : elle ne devient pas fausse, elle devient disponible, et un critère disponible n’est plus un critère, c’est une arme de plus. La guerre juste n’a pas été réfutée ; elle a été annexée. C’est ici qu’il faut changer d’échelle, et lire la guerre autrement que par le seul droit.

Onze volumes pour un seul polemos

La collection que nous consacrons à la philosophie de la guerre offre à cette perplexité mieux qu’un commentaire : une méthode. Onze volumes, de l’Antiquité grecque aux théâtres du premier quart du XXIe siècle, y déclinent le polemos selon des grammaires distinctes — la ruse, le droit, le calcul, la bureaucratie, l’algorithme, le deuil, la mémoire, la transaction. Aucune n’épuise à elle seule ce que la guerre fait au monde ; leur coexistence est précisément ce qui rend nos catégories morales insuffisantes. Chaque titre ci-dessous renvoie à l’ouvrage.

1. Philosophie antique de la guerre

Ce volume inaugural jette les jalons épistémologiques de la collection à travers l’étude approfondie de plusieurs grands philosophes antiques de la guerre. Loin d’une simple recension historique, l’ouvrage analyse comment le passage du mythe au logos a restructuré la perception du conflit, des intuitions cosmologiques d’Héraclite aux architectures politiques de Platon et d’Aristote. À travers une confrontation rigoureuse des textes originaux, la guerre y est décortiquée non comme une anomalie, mais comme une matrice politique fondamentale, un espace d’affirmation de la vertu civique et l’accoucheuse paradoxale de l’ordre de la cité.

« La guerre y est décortiquée non comme une anomalie, mais comme une matrice politique fondamentale… l’accoucheuse paradoxale de l’ordre de la cité. »

L’Odyssée de Christopher Nolan a franchi en peu de temps le milliard et demi de dollars de recettes mondiales, devenant le plus grand succès de la carrière du cinéaste. Un public planétaire s’est ainsi replongé, sans toujours le savoir, dans la matrice même que ce volume explore : Troie, imprenable dix ans par la force, tombe en une nuit par la ruse d’Ulysse — le cheval de bois qui dissimule en son ventre les guerriers de l’intérieur. La mètis homérique rappelle que la guerre antique ne se pense pas seulement en termes de force, mais déjà en termes de grammaire et de dissimulation. C’est exactement la question que posent les trois nuits de septembre : une trêve offerte est-elle une suspension des armes ou un cheval de bois ? La philosophie antique de la guerre n’appartient pas qu’à la Grèce. Au XIIIe siècle, dans cette même région du Sahel qui occupe aujourd’hui l’actualité, Sundiata Keita défait le roi-sorcier Soumaoro Kanté à la bataille de Kirina (1235) et fonde l’empire du Mali. Transmise oralement par les griots pendant sept siècles avant d’être fixée à l’écrit par Djibril Tamsir Niane sous le titre Soundjata, ou l’épopée mandingue, cette geste fondatrice s’accompagne d’un texte politique majeur, la Charte du Manden, proclamée à Kurukan Fuga. Comme l’Iliade et l’Odyssée pour la Grèce, l’épopée mandingue pense la guerre comme accouchement d’un ordre politique. Il n’est pas indifférent que ce même espace sahélien, huit siècles plus tard, voie sa souveraineté de nouveau disputée par les armes : la guerre y demeure, comme au temps de Sundiata, ce qui accouche — ou défait — l’ordre des nations.

2. Philosophie médiévale de la guerre

Le Moyen Âge marque un tournant théologique et moral décisif dans l’histoire de la violence légitime. Cet ouvrage examine la genèse, l’évolution et la codification de la doctrine de la « guerre juste » à travers les écrits de figures majeures telles que Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin. Le livre explore comment la pensée chrétienne a tenté de concilier l’impératif évangélique de la paix avec la nécessité politique de défendre la justice, le droit et la cité par les armes, transformant le combat physique en une responsabilité morale ordonnée.

« Concilier l’impératif évangélique de la paix avec la nécessité politique de défendre la justice, le droit et la cité par les armes. »

La doctrine de la guerre juste n’a rien perdu de sa charge polémique. Elle est invoquée pour légitimer la résistance ukrainienne à l’agression russe, comme elle l’est, en sens contraire, par les artisans des frappes israélo-américaines qui ont visé l’Iran le 28 février 2026 et coûté la vie au guide suprême Ali Khamenei. Augustin et Thomas d’Aquin n’avaient pas à trancher entre deux camps qui, chacun, se réclament aujourd’hui du droit de faire la guerre pour défendre la justice — ni à dire ce que vaut une trêve calée sur l’agenda d’une délégation étrangère.

3. Philosophie moderne de la guerre

Avec l’émergence des États-nations et la sécularisation de la pensée politique, la guerre s’affranchit des cadres théologiques médiévaux. Ce volume analyse la rupture moderne portée par Machiavel, Hobbes, Grotius ou encore Clausewitz. Le conflit y est redéfini comme l’instrument ultime de la souveraineté étatique, un calcul de puissance pure et le prolongement naturel de la politique par d’autres moyens dans un état de nature international.

La guerre en Ukraine illustre, trois ans et demi après l’invasion russe, la persistance de ce calcul clausewitzien de puissance : chaque trêve — pascale, humanitaire, diplomatique — y est signée puis rompue, tandis qu’en septembre 2026 les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner circulent encore entre Moscou et Kiev pour tenter d’arracher des pourparlers tripartites. Le conflit demeure ce que Hobbes décrivait déjà : un état de nature que seule une volonté politique extérieure peut, provisoirement, discipliner.

4. Grammaire et grammatologie de la guerre au XXe siècle

Véritable rupture méthodologique, ce tome se consacre à l’étude de plusieurs philosophes et théoriciens de la guerre de ce siècle violent. En appliquant les concepts de la déconstruction et de la biopolitique aux conflits totaux du vingtième siècle — de la conflagration de 1914 à l’équilibre de la terreur de la guerre froide —, l’ouvrage met à nu la rationalisation et l’industrialisation de la destruction de masse. À travers le prisme de ces penseurs critiques, la guerre moderne est analysée comme une véritable « écriture » bureaucratique, de partis et d’États, où la gestion technique de la force s’impose comme l’outil de contrôle et de rature des corps.

« La guerre moderne est analysée comme une véritable “écriture” bureaucratique… où la gestion technique de la force s’impose comme l’outil de contrôle et de rature des corps. »

L’équilibre de la terreur, que l’on croyait relégué à l’histoire de la guerre froide, retrouve une actualité brûlante : les frappes de février 2026 contre l’Iran ciblaient explicitement son programme nucléaire, et le blocage du détroit d’Ormuz qui s’ensuivit a fait grimper le baril de pétrole au-delà de cent dollars — preuve que la gestion technique et bureaucratique de la destruction de masse continue de raturer les corps et les économies entières.

5. Grammatologie des guerres du premier quart du XXIe siècle

Résolument ancré dans la complexité de notre temps, ce livre dresse l’inventaire des nouvelles syntaxes conflictuelles qui redéfinissent les relations internationales contemporaines. De la cyberguerre aux offensives hybrides et asymétriques, l’enquête met à nu la dématérialisation de la violence où les algorithmes, l’intelligence artificielle et la manipulation informationnelle deviennent des vecteurs d’oblitération. Une étude clinique indispensable pour décoder comment la maîtrise du code et du flux virtuel tente aujourd’hui de supplanter l’artillerie conventionnelle dans l’effacement des souverainetés étatiques.

« Les algorithmes, l’intelligence artificielle et la manipulation informationnelle deviennent des vecteurs d’oblitération. »

Cette nouvelle syntaxe conflictuelle s’observe presque chaque nuit au-dessus de l’Ukraine, où des centaines de drones et de missiles s’affrontent aux systèmes de défense sol-air — un taux d’interception de plus de 90 % ne suffisant pas à empêcher l’oblitération recherchée, comme l’ont montré les missiles balistiques du 8 septembre sur Kiev. Elle s’observe aussi au Sahel, où le JNIM et l’ISSP recourent systématiquement aux drones, aux engins explosifs improvisés et à la manipulation informationnelle pour asseoir leur emprise sur de vastes territoires du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

6. Au commencement des nations : la guerre. La violence, les États et la géopolitique

S’inscrivant dans la droite lignée du réalisme politique et de la biopolitique, cet essai dresse un constat implacable : l’acte de naissance des États-nations est indissociable du baptême du feu. L’ouvrage explore la relation consanguine entre l’affirmation de l’autorité souveraine, l’institutionnalisation du monopole de la violence légitime et le remodelage perpétuel des frontières mondiales. Une réflexion percutante sur la manière dont la guerre, loin d’être une simple rupture du droit, constitue le moteur secret, permanent et structurant de l’ingénierie géopolitique globale.

« L’acte de naissance des États-nations est indissociable du baptême du feu… la guerre constitue le moteur secret, permanent et structurant de l’ingénierie géopolitique globale. »

Le monopole wébérien de la violence légitime, au fondement de cet ouvrage, est précisément ce qui s’érode au Sahel : dans les zones qu’il contrôle, le JNIM perçoit l’impôt, rend la justice et assure une forme de protection, construisant une administration parallèle qui rivalise avec l’État plutôt que de l’affronter frontalement. Le baptême du feu, ici, ne fonde plus une souveraineté nouvelle : il en vide une ancienne, de l’intérieur. En Ukraine, c’est le tracé même des frontières orientales qui reste l’objet sur lequel achoppent les pourparlers.

7. Phénoménologie des funérailles d’Ali Khamenei : Analytique de la guerre pour une paix durable

À travers l’observation phénoménologique d’un événement liturgique, politique et théocratique majeur en Perse, cet ouvrage analyse la mise en scène du deuil, du pouvoir et de la transcendance. Il décode l’appareil symbolique et eschatologique du régime iranien pour proposer une analytique fine des tensions au Moyen-Orient. En explorant les logiques messianiques et le rôle des récits sacrés, ce livre offre des clés indispensables pour dépasser le conflit des sens et penser les contours d’une paix régionale durable.

« Ni la seule rationalité stratégique, ni la seule liturgie du sacré ne suffisent à rendre compte de ce que la guerre fait aux hommes, aux États et aux dieux qu’ils invoquent. »

Les funérailles nationales d’Ali Khamenei, tué le 28 février 2026 lors des frappes américano-israéliennes, se sont tenues du 4 au 9 juillet 2026 — processions à Téhéran et Qom, puis Kerbala et Nadjaf, avant l’inhumation au mausolée de l’imam Reza à Machhad. Cet ouvrage n’anticipe plus un événement : il en propose déjà l’analytique la plus fine disponible.

8. Phénoménologie de la guerre rwandaise au Zaïre-Congo : Analyse de la guerre pour une paix durable

Ce volet jette une lumière crue sur l’un des conflits les plus complexes et dévastateurs d’Afrique centrale. En adoptant une méthode phénoménologique rigoureuse, le livre remonte aux sources de l’exil, analyse l’asymétrie des forces et étudie les métastases de la guerre rwandaise sur le sol du Zaïre-Congo. L’ouvrage déconstruit les récits partisans pour mettre à nu l’effondrement des souverainetés périphériques et esquisser les fondations éthiques d’une stabilité définitive dans la région des Grands Lacs.

« Mettre à nu l’effondrement des souverainetés périphériques et esquisser les fondations éthiques d’une stabilité définitive. »

Le 27 juin 2026, la RDC et le Rwanda ont signé à Washington, sous l’égide du secrétaire d’État américain, un accord de paix prévoyant le désengagement des forces armées et le retour des déplacés. Mais sur le terrain, l’AFC/M23 continue d’administrer Goma et Bukavu, et le processus parallèle de Doha demeure, selon les mots mêmes de l’ONU, une « paix sur le papier » face à une « guerre sur le terrain ». Une trêve rompue à Kiev et un accord inappliqué à Goma posent la même question : que signe-t-on lorsqu’on signe la paix ?

9. Trente ans de sang et de silence : Les crimes du Rwanda en RDC (1996-2026)

Ouvrage de mémoire et d’investigation historique rigoureuse, ce volume dresse un bilan implacable de trois décennies d’agressions, de massacres et d’exploitations en République Démocratique du Congo. Brisant le silence de la communauté internationale et l’impunité diplomatique, il documente l’ingénierie logistique de la violence transnationale, de l’AFDL aux résurgences contemporaines du M23, pour exiger la justice transitionnelle et restaurer la vérité historique indispensable à la dignité des millions de victimes congolaises.

« Brisant le silence de la communauté internationale et l’impunité diplomatique, il documente l’ingénierie logistique de la violence transnationale. »

En mars 2026, le Département du Trésor américain a sanctionné les Forces rwandaises de défense et quatre officiers rwandais pour leur soutien au M23 — reconnaissance officielle, trente ans après l’AFDL, de la persistance de cette ingénierie transnationale. Le prix Nobel de la paix Denis Mukwege continue, lui, de réclamer que la prise en charge des victimes ne reste pas, une fois encore, absente des textes officiels. Au temps court des trêves, ce volume oppose le temps long de l’impunité.

10. Le carnage en Perse. La guerre de quarante jours

Ce livre se concentre sur l’analyse chronologique, tactique et humaine d’une confrontation fulgurante au cœur de l’Iran contemporain. En décortiquant les mécanismes d’escalade militaire d’un conflit de quarante jours d’une violence inouïe, l’ouvrage offre une étude de cas saisissante sur la collision entre la rationalité transactionnelle occidentale et la métaphysique de la résistance eurasienne, révélant la rapidité avec laquelle les équilibres mondiaux peuvent basculer dans l’abîme.

« La rapidité avec laquelle les équilibres mondiaux peuvent basculer dans l’abîme. »

Cette guerre de quarante jours n’est plus une hypothèse : elle a eu lieu. Déclenchée le 28 février 2026 par les opérations israélo-américaines « Roaring Lion » et « Epic Fury », elle s’est refermée par le cessez-le-feu du 8 avril, avant le mémorandum de juin signé à Versailles sous médiation pakistanaise — quarante jours exacts entre les premières frappes et la première trêve. Quarante jours en Perse, trois nuits à Kiev : la trêve n’a pas partout la même mesure.

11. Le son de la trompette américaine. La logique politique et la grammaire militaire de Donald Trump

Ce volume analyse de façon incisive la doctrine de sécurité, de taxation et de diplomatie portée par le leadership imprévisible et transactionnel de Donald Trump. L’ouvrage décode la rationalité politique derrière le nationalisme décomplexé, le désengagement sélectif et la posture de dissuasion brute, mettant à jour la « grammaire » unique d’un pouvoir américain oscillant entre isolationnisme, césarisme moderne et démonstration d’autorité mondiale.

« La grammaire unique d’un pouvoir américain oscillant entre isolationnisme, césarisme moderne et démonstration d’autorité mondiale. »

Cette même grammaire transactionnelle se déploie simultanément sur trois théâtres à l’automne 2026 : les émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner négocient entre Moscou et Kiev, le mémorandum de juin a mis fin à la guerre d’Iran sous médiation pakistanaise, et l’accord de paix RDC-Rwanda a été signé à Washington sous l’égide du secrétaire d’État américain — la même méthode appliquée, presque simultanément, à trois guerres distinctes sur trois continents. C’est la clé du 5 septembre : la trêve n’a pas été obtenue par un médiateur institutionnel, mais par la venue de deux émissaires personnels du président américain, et elle s’est éteinte avec leur avion.

Quid ?

Trois nuits de silence n’ont pas fait une paix, et la frappe qui les a closes n’a rien décidé de la guerre. Entre les deux, pourtant, quelque chose s’est montré, que ni le communiqué ni le bilan des victimes ne consignent : la capacité d’un belligérant à suspendre puis à reprendre la destruction en fonction d’un calendrier étranger aux nécessités du front. Cette capacité est exactement ce que la doctrine de la guerre juste prétend encadrer, et exactement ce qu’elle n’atteint plus. Il ne s’ensuit pas qu’il faille congédier Augustin et Thomas. Une doctrine annexée par tous les camps reste le seul vocabulaire commun dont disposent les camps pour se contester mutuellement le droit de tuer ; l’abandonner reviendrait à laisser le champ libre au calcul pur, c’est-à-dire à Clausewitz sans contrepoids. Mais il s’ensuit qu’aucune théorie unique ne suffit, et c’est la thèse que les onze volumes du Professeur Dia Mbwangi Diafwila instruisent volume après volume : le conflit armé est un phénomène total, que la ruse antique, le droit médiéval, le calcul moderne, la bureaucratie du XXe siècle, l’algorithme du XXIe, le deuil et la mémoire abordent chacun par un versant, sans qu’aucun n’en fasse le tour.

La guerre ne se laisse pas juger depuis un seul lieu. C’est peut-être la seule chose que les trois nuits de septembre auront clairement établie. Reste la question que cette séquence ouvre plus qu’elle ne la referme. Si l’on peut suspendre les frappes trois nuits sans rien perdre, et les reprendre à l’heure exacte où les émissaires s’en vont, alors la violence n’est plus seulement le moyen d’une fin politique : elle est devenue une langue. Et l’on ne négocie pas la paix avec quelqu’un dont les missiles parlent mieux que les discours.

La guerre ne se laisse pas juger depuis un seul lieu. C’est peut-être la seule chose que les trois nuits de septembre auront clairement établie.

Reste la question que cette séquence ouvre plus qu’elle ne la referme. Si l’on peut suspendre les frappes trois nuits sans rien perdre, et les reprendre à l’heure exacte où les émissaires s’en vont, alors la violence n’est plus seulement le moyen d’une fin politique : elle est devenue une langue. Et l’on ne négocie pas la paix avec quelqu’un dont les missiles parlent mieux que les discours.

Une trêve n’est pas un commencement de paix.

Elle est un moment où la guerre choisit de se taire.

Et désormais une autre question nous attend :

Qui décide du silence des armes ?

Références bibliographiques

  1. Augustin (saint), La Cité de Dieu, livre XIX ; Contra Faustum, XXII.
  2. Thomas d’Aquin (saint), Somme théologique, IIa-IIae, question 40, « De bello ».
  3. Grotius, Hugo, Le Droit de la guerre et de la paix, 1625.
  4. Clausewitz, Carl von, De la guerre, trad. Denise Naville, Paris, Éditions de Minuit, 1955 [1832].
  5. Walzer, Michael, Guerres justes et injustes. Argumentation morale avec exemples historiques, Paris, Gallimard, « Folio essais », 2006 [1977].
  6. Dia Mbwangi Diafwila, Daniel, Philosophie de la guerre, collection en onze volumes, réseau Global Scholars USA & Canada, 2025-2026 : — Philosophie antique de la guerre. https://www.amazon.fr/s?k=Philosophie%20antique%20de%20la%20guerre%20Dia%20Mbwangi%20Diafwila; — Philosophie médiévale de la guerre. https://www.amazon.fr/s?k=Philosophie%20m%C3%A9di%C3%A9vale%20de%20la%20guerre%20Dia%20Mbwangi%20Diafwila; — Philosophie moderne de la guerre. https://www.amazon.fr/s?k=Philosophie%20moderne%20de%20la%20guerre%20Dia%20Mbwangi%20Diafwila; — Grammaire et grammatologie de la guerre au XXe siècle. Déconstruction de la grammaire de la guerre. https://www.amazon.fr/s?k=Grammaire%20et%20grammatologie%20de%20la%20guerre%20au%20XXe%20si%C3%A8cle%20Dia%20Mbwangi%20Diafwila; — Grammatologie des guerres du premier quart du XXIe siècle. https://www.amazon.fr/s?k=Grammatologie%20des%20guerres%20du%20premier%20quart%20du%20XXIe%20si%C3%A8cle%20Dia%20Mbwangi%20Diafwila; — Au commencement des nations : la guerre. La violence, les États et la géopolitique. https://www.amazon.fr/s?k=Au%20commencement%20des%20nations%20%3A%20la%20guerre%20Dia%20Mbwangi%20Diafwila; — Phénoménologie des funérailles d’Ali Khamenei. Analytique de la guerre pour une paix durable. https://www.amazon.fr/s?k=Ph%C3%A9nom%C3%A9nologie%20des%20fun%C3%A9railles%20d%E2%80%99Ali%20Khamenei%20Dia%20Mbwangi%20Diafwila; — Phénoménologie de la guerre rwandaise au Zaïre-Congo. Analyse de la guerre pour une paix durable. https://www.amazon.fr/s?k=Ph%C3%A9nom%C3%A9nologie%20de%20la%20guerre%20rwandaise%20au%20Za%C3%AFre-Congo%20Dia%20Mbwangi%20Diafwila; — Trente ans de sang et de silence. Les crimes du Rwanda en RDC (1996-2026). https://www.amazon.fr/s?k=Trente%20ans%20de%20sang%20et%20de%20silence.%20Les%20crimes%20du%20Rwanda%20en%20RDC%20Dia%20Mbwangi%20Diafwila; — Le carnage en Perse. La guerre de quarante jours. https://www.amazon.fr/s?k=Le%20carnage%20en%20Perse.%20La%20guerre%20de%20quarante%20jours%20Dia%20Mbwangi%20Diafwila; — Le son de la trompette américaine. La logique politique et la grammaire militaire de Donald Trump. www.amazon.fr/s?k=Le%20son%20de%20la%20trompette%20am%C3%A9ricaine%20Dia%20Mbwangi%20Diafwila
  7. Nations unies, Mission de surveillance des droits de l’homme en Ukraine (HRMMU), « Protection of Civilians in Armed Conflict — July 2026 », rapport mensuel publié le 13 août 2026 (437 civils tués, 2 610 blessés). ukraine.ohchr.org/en/Protection-of-Civilians-in-Armed-Conflict-July-2026
  8. La Presse / AFP, « La Russie reprend ses frappes sur Kyiv après trois jours de trêve », 8 septembre 2026. www.lapresse.ca/international/europe/2026-09-07/guerre-en-ukraine/la-russie-reprend-ses-frappes-sur-kyiv-apres-trois-jours-de-treve.php
  9. Reuters, couverture de la guerre en Ukraine, dépêches du 8 septembre 2026. www.reuters.com/world/ukraine-conflict/
PartagerCommentaireTélécharger le PDF

← Tous les éditos

Le débat

Laisser un commentaire

Pas besoin de compte : un nom ou un pseudonyme suffit. Les commentaires paraissent aussitôt et sont relus ensuite par la rédaction. On discute des idées, avec courtoisie.

Publié sous pseudonymat, modéré ensuite.