Groupe JOGOO, Philosophie africaine. Débats & questions

Édito de la semaine · L’invité

Jeunesses en crise : Quid ?

Des blocus lycéens en France aux idéologies qui travaillent l'Afrique

Pr Jean-Barnabé Milala Lungala Katshiela Matamba, Université de Kinshasa, jeanbarnabemilala1@gmail.com

Pr Jean-Barnabé Milala Lungala Katshiela Matamba, Université de Kinshasa, jeanbarnabemilala1@gmail.com

18 octobre 2026

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« Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. »
Frantz Fanon, Les Damnés de la terre, Paris, La Découverte, 1961, p. 197.
Quand la jeunesse africaine se lève : des étudiants manifestent devant le Parlement sud-africain, au Cap, le 21 octobre 2015, contre la hausse des frais d’inscription (mouvement #FeesMustFall). Source : RFI.
Quand la jeunesse africaine se lève : des étudiants manifestent devant le Parlement sud-africain, au Cap, le 21 octobre 2015, contre la hausse des frais d’inscription (mouvement #FeesMustFall). Source : RFI.

Des lycées français à la jeunesse africaine

Depuis plusieurs mois, des lycéens français bloquent leurs établissements, rejoints par des étudiants, et occupent la rue comme les plateaux de télévision. À Kinshasa, à Yaoundé, à Malabo, d'autres jeunes regardent ces images sur leurs téléphones. Ce double regard constitue le point de départ du présent éditorial : que dit la révolte de la jeunesse française à une jeunesse africaine dont l'éveil se fait attendre, et de quelles idées cette révolte est-elle porteuse ?

Ce papier éditorial ici présenté est écrit en gros pendant ce mois d’octobre 2026 sous le coup de l’actualité nationale et internationale. Sur la commande du collègue Yannick Essenge. Donc à la suite d’un besoin profond de montrer l’importance des philosophes d’un continent.

J’étais étonné de remarquer que l’action controversée du Président Vladimir Poutine, comme celle de Jean-Luc Mélenchon, est sous-tendue en partie par des anciens écrits des philosophes et leur histoire. Ce que j’essaie de montrer. De fil en aiguille, j’ai établi les liens avec les problèmes idéologiques du continent africain. D’autant plus que, dans une interview, le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo avait promis de répondre au prochain forum avec la Russie. Puis vint le bouleversement, qui rendit possible le fameux « deal minier et sécuritaire » avec Donald Trump, le président américain.

Cela au-delà de la volonté d’une franche collaboration du peuple congolais, excédé par les meurtres des Congolais par Monsieur Paul Kagame depuis trois décennies, à cause des meurtres crapuleux incessants des enfants, faut-il ajouter, des femmes et des hommes à l’Est de la RDC, devant l’inaction après l’Accord et le deal, ne fallait-il recourir confusément à la Russie militaire, peu importe les conséquences qui adviendraient contre les partenaires traditionnels, en l’occurrence les États-Unis d’Amérique et leur deal minier, en dépit du deal et la honte nationale subséquente face à cet affront, pour laver cette honte justement.

Il est important aussi de savoir de près, au-delà de la guerre à l’Ukraine, à quoi riment les idées du Président Poutine comme celle de Mélenchon. Et leur impact sur la jeunesse africaine. À propos du deal USA-RDC, était-ce un simple alignement machiavélique ou plus radicalement kautilyen ?

Un monde en recomposition, une jeunesse en quête de repères

En voyant l’influence politique non moins occultée de la Russie sur les extrêmes en Europe qui refusaient des sanctions à infliger à la Russie, et le rapprochement spectaculaire, peut-on soutenir, des USA sur la question de son importation du pétrole par Trump. La donne qui se révélait déjà décisive après les élections européennes au grand jour avec l’éclatement de la droite française par exemple. Ce qui présageait le basculement de l’Europe à l’extrême et les effets pour le moins inattendus pour la politique africaine.

Il faut ajouter le ras-le-bol des affaires des homosexuels qui bravent les valeurs chrétiennes que le très respectueux ancien chef de l’église catholique romaine tolérait, celui-ci les refuse, des affaires honteuses pour un Africain, des antivaleurs qui tendent à devenir la règle en Occident telles que dénoncées par Vladimir Poutine et refusées par l’Afrique. Et le refus tranché du wokisme par Trump.

Dans tout cela, il faudrait compter avec la réponse africaine avec sa propre culture, pharaonique, musulmane, coutumière, ancestrale et chrétienne. Mon postulat méthodologique est que, pour nous : les sciences, l’art et la philosophie sont des branches essentielles de la religion. À l’instar de la Chine, de l’Inde et des grands textes fondateurs pharaoniques (i.e. Le Livre pour sortir dans le royaume lumineux), les sciences anciennes qui avaient un caractère d’ailleurs étonnamment très moderne, sont nées des vastes poèmes didactiques, à caractères encyclopédiques, qui donnent un enseignement théologique qui couvre l’ensemble du savoir : cosmologie, rituel, description du monde, dévotion, etc., tout s’y trouve.

Tel est le monde dans lequel grandissent les lycéens d'aujourd'hui, en France comme en Afrique : un monde où les grandes puissances s'affrontent à coups de valeurs autant que d'armes. Comprendre la mobilisation lycéenne française suppose donc d'en dégager les soubassements idéologiques.

Les blocus lycéens au miroir de Mélenchon : quelle idéologie pour la jeunesse ?

À propos des blocus des lycéens en France, qui nous occupe en priorité, il n’est pas banal de remarquer qu’un jeune noir bien structuré intellectuellement est un des porte-parole du mouvement des lycéens en blocus en France. Il est mis en avant dans les grands médias français et dans l’espace public. Cela ne peut être gratuit quand on connaît les propriétaires de ces médias, les ravages qu’ils semblent faire en Europe pour un Ordre, et donc ne peut que séduire les jeunes africaines et autres afro-descendants qui regardent ce qui se passe en France, et par conséquent les mobiliser aussi.

Il s’agit aussi de savoir comment mobiliser une Afrique du professeur Bayi Bayi de Guinée équatoriale à Malabo, de Yannick Essengue du Cameroun à Yaoundé, du professeur Grison Kakumbi de l’université de Kisangani, du professeur Jean Eloho et de Jean Barnabé Milala Lungala de Kinshasa, de Mesdames les professeures Gisèle Thoa, de Mabongisila ou de Madeleine Phoba de l’université de Kinshasa, etc. Cette intelligentsia africaine d’aujourd’hui et la nouvelle génération moulue dans des théories de tous bords, féministe et progressiste mais pas résolument Gais.

Un éditorial est une activité journalistique qui se fonde sur l’actualité. Nous allons ici partir de l’actualité française telle qu’elle impacte dans le secteur de l’éducation l’Afrique et sa jeunesse. Disons d’emblée que l’enjeu idéologique pour l’Afrique est la capacité de l’idéologie de mobiliser le continent tout entier, comme un seul homme, à travers l’ajustement entre théorie et pratique ou praxis.

Deux faits de l’actualité française : l’arrivée du Pape Léon XIV et le blocus des lycéens et lycéennes en France tels que vus par Jean-Luc Mélenchon d’un point de vue plutôt idéologique ou mieux philosophique. Mélenchon le dit si bien, « ma politique est philosophique ».

Nous entendons par idéologie ici comme la théorie des idées avec un I majuscule, comme chez Platon. En tant qu’Idées ou figures de rhétorique et tropes, formes éternelles, sur lesquelles le Démiurge, entendez l’homme d’État, regarde pour construire le monde social. En particulier le modèle binaire et dialectique des tropes complexes. Les sciences quelles qu’elles soient, ont pour finalité la cité, ou plus concrètement l’urbanité. On peut voir pour cela la Nouvelle Atlante de Francis Bacon, le fondateur de la Modernité occidentale cote le naufrage de l’Atlante de Platon.

Pour nous, la faiblesse de l’idéologie matérialiste dialectique de Mélenchon, telle qu’il la revendique, est d’abandonner les enfants en cours de route du matérialisme, mettant en sourdine sa propre juiverie ou sa proximité, se montrant plus que politicien calculateur, laissant les questions de foi sans réponse, les laissant paraître presque sans pertinence. Déjà se basant sur le principe marxiste de l’histoire et face à l’héritage historique du double glaive, d’une part le Prince et la chrétienté française d’autre part, il refuse donc dit-il d’essentialiser une religion soit-elle de tradition catholique, il revendique une culture arienne dite hérétique par l’église, il revendique la culture dite païenne celle de Rome antique en Europe et en France, le nom de mois de Juillet se réfère à Jules César et le mois d’Août à Auguste. Il met en exergue la dette envers les arabes qui ont apporté à l’Europe les sciences : certes mathématiques, physiques, chimies et autre philosophie, dans un discours tenu au parlement français.

À propos, son insoumission, entendez ici, le refus manifeste de l'Ordre chrétien à travers le Nouvel Ordre du Monde, peut-on dire, Justin Phoba l'explique si bien : la Révolution française qui mettra fin politiquement au régime monarchique, symbole politique de l'Ordre chrétien, est l'aboutissement de ce long processus moderne antichrétien, boosté par la Révolution commerciale, qui s'est opérée par-delà le bien et le mal, et dont les effets pervers pour l'humanité sont bien connus, notamment la traite des Noirs, et les inégalités de toutes sortes. (Kinanga, 2022, p. 60).

C'est donc au fond la culture grecque païenne dominant le monde qui est depuis à la commande. Qui avait longtemps infiltré la philosophie du Moyen Âge, par l'aristotélisme blanchi par les Pères de l’Église.

Et donc on peut dire que Jean-Luc Mélenchon est bien cohérent avec son matérialisme historique, qui ne privilégie aucunement la religion, surtout pas exclusive en France. Devant les lycéens, il revient à sa stature de professeur des lettres, philosophe de tendance matérialiste historique nourri par le matérialisme dialectique, une doctrine de la philosophie de la nature, athée, c’est le moins que l’on puisse dire, où les forces dialectiques sont inhérentes à la nature elle-même.

Même si l’on prenait l’église catholique à la lettre, au lieu de théocentrisme, l'église avait préféré l'humanisme tant vanté et comparé contre la culture africaine, dont la Pharaonique, qui a servi de base culturelle au Fils de Dieu, avec sa mise en avant de la « signification spirituelle de la vie », affirme Phoba.

Parce que nous parlons de l’éducation des lycéens et de la jeunesse africaine. Quand j'ai compris à propos, dira Phoba que c'est cette suffisance humaine qui a fait chuter nos premiers parents, que le seigneur Jésus-Christ est venu guérir l’homme, j’ai été horrifié de voir la place de choix que l'éducation catholique lui réserve. Le fleuron des outils de l'éducation catholique étant ce qu'il est coutume d'appeler les Humanités gréco-latines. Les Humanités scientifiques ne sont pas en reste.

Le comble est que l'Église catholique est loin de s'apercevoir de sa responsabilité dans l’avènement, dans l'expansion et dans le confort de l'athéisme, partant de fruit direct de son éducation à la suffisance humaine grecque, enseignée avec tant de ferveur dans ses écoles.

Voilà ce qui se joue, en filigrane, devant les lycéens qui écoutent Jean-Luc Mélenchon : un humanisme sans transcendance, héritier des Sophistes et des Lumières. La jeunesse africaine qui regarde ces blocus avec admiration gagne à savoir de quelle tradition procède le discours qui les accompagne, avant d'en faire son modèle.

Poutine contre l'Occident : ce que la guerre des valeurs dit aux jeunes Africains

C'est ce pourquoi le président Vladimir Poutine se bat entre autres contre la franc-maçonnerie dominante et autre Illuminati, la sphère luciférienne qui prescrirait l'homosexualité comme obligatoire. Soit dit en passant, 7 premiers ministres européens s’étaient déclarés ouvertement homosexuels.

Pour Michel Eltchaninoff, qui explique les idées de Vladimir Poutine, c’est pourquoi, l'Occident mène un combat contre une politique mettant au même niveau d’une famille avec de nombreux enfants et un partenariat du même sexe (homosexualité), la foi en Dieu et la foi en Satan. Ayant comme but la propagande pédophile. Les gens dans de nombreux pays européens, ont honte et craignent de parler de leur appartenance religieuse. (Michel E., ibid. p.71).

Qu'est-ce que tout cela signifie pour l’Afrique ? C'est en fait une attaque encore plus violente comme un refus de leurs racines pharaoniques et par la suite chrétiennes, celles-ci étant le fondement de la civilisation occidentale de nombreux pays euro-atlantiques. (Michel, 2015, p. 72) C'est l'idée qu'il faut non seulement accorder un rôle moral et éducatif à la culture, mais également la tenir à distance des contagions étrangères. (Michel E., 2015, p. 67).

L'agression singulière contre laquelle lutte Poutine aurait une dimension hautement culturelle. À cette suite, le programme de Poutine semble clair. Qu'il soit connu que le monde romano-germanique, avec toute sa culture est notre pire ennemi. (Michel E., 2015, p. 105).

Cette même idée de l'Occident comme ennemi des Négro-africains et de ses traditions (i.e. nous soulignons celle des Initiés Luba et Ne Kongo en l’occurrence) est reprise par Justin Phoba Mvika aussi bien pour les mêmes raisons que pour d'autres raisons plus particulières à l'Afrique millénariste. Même nos pires ennemis le reconnaissent, entendez les européens, dit Phoba. Ce sont les anciens Négro-africains, qui ont créé les alphabets hébreu, grec, latin et arabe. Quant à l’Europe, tout indique qu'elle a manqué le train de l'histoire antique fondatrice de la civilisation humaine.

Pour la jeunesse africaine, la leçon est double. Il ne lui suffit ni d'importer la contestation des lycéens français, ni d'adopter le conservatisme de Moscou : l'une et l'autre répondent à des histoires qui ne sont pas les siennes. Reste à savoir sur quel socle propre son éveil peut s'appuyer.

De la Chine au Congo : une jeunesse ne se mobilise que sur ses propres racines

Au demeurant, le problème est la généralisation de cet ajustement avec un peuple spécifique, le peuple français avec leur laïcité.

Mao, l’ajustement du marxisme et du matérialisme historique avec la philosophie du Taoïsme, il l’a fait avec une culture plutôt qui n’avait pas besoin de Dieu. Avec le livre chinois des Mutations ou Changement, qui a bercé la Chine ancienne dès la tendre enfance, dès la haute antiquité, livre écrit autour des années 1500 ans avant notre ère, comme le fondement d’une dialectique binaire de yin et de yang, du féminin et du masculin.

Justement, l’hypothèse que nous voulons soutenir pour le Congo, dans la foulée, est que le recours à l’authenticité de Mobutu, par exemple, qui a échoué, peut-on dire, est qu’elle n’a pas trouvé un terreau local, d’une idéologie plutôt de la vie quotidienne des Congolais, qu’on a peut-être théorisé après par les voisins-ennemis, pour le besoin de la cause, non sans pertinence, d’un congolais BMW, Beer, Money and Woman ou Trou noir. Une dialectique qui ne se désavoue pas, comme Trou blanc des matières blanches de la Physique.

On tue à Goma et en Ituri, et on danse à tue-tête à Kinshasa. C’est peut-être là sa force aussi. Le Congo fonctionne aussi comme un océan qui expulse à temps opportun la saleté de chez lui, toutes les rébellions se sont cognées sur lui comme tombées sur une pierre ou c’est elle qui tombe sur l’intrus.

Au-delà de cela, l’idéologie de l’authenticité a une binarité dialectique qu’on n’a pas mise en vedette : une binarité tropologique et cosmogonique des traditions congolaises. Du moins celle de Mukanda, Luba Kasaï. Tiarko Fourche et Henri Morlighem sont de la lignée de Placide Tempels avec la théorie de « force vitale » qui circule dans le corps humain, et mieux dans tous les corps même célestes. La « force vitale » est chez les indigènes du Kasaï le courant ou l’électricité, ou mieux le magnétisme : « Tous les animaux Célestes sont ailés. Ils volent comme des oiseaux et vont qu’enquérir de tout ce qui se passe e tous lieux. Ils sont comme des Esprits, animés d’une Électricité puissante, qui est celle du Ciel du Sommet. » (T. Fourche et H. Morlighem, Max, 1964, p. 16).

En Tshiluba Nzembu, courant, que T. Fourche et H. Morlighem traduisent par « électricité », on dira précisément magnétisme. Aux termes de la doctrine indigène, c’est une force invisible, mais naturelle, qui anime tous les êtres ; elle est particulièrement violente chez certains d’entre eux.

Les deux concepts abstraits de la philosophie chinoise : yin et yang est la binarité dialectique universelle des post-textes complexes ou tropes complexes. Les post-textes sont des lois du langage, qui se rapportent sur les lois sociales, les lois psychiques, psychosomatiques, bref et sur les lois de l’univers. Elles sont de nature dialectique ou binaire, parfois ternaire (avec l’hermaphrodite).

Il faut aujourd’hui, pour cela, dépasser le blocage de la philosophie africaine, et libérer la philosophie africaine, il faut commencer par dépasser ces pré-textes non dialectiques d’Alexis Kagame et qui sont des monadiques sans correspondance avec des pré-textes dyadiques à construire, les dépasser par les post-textes qui sont de nature dialectique ou binaire.

Mais l’Afrique n’est pas le Congo seul, la négritude de Senghor, la pharaonique de Cheikh Anta Diop, ou plus actuellement le panafricanisme New Look qui peine à dépasser les États du Sahel, mais bien plus ancré chez le Président progressiste Traoré du Burkina, qui devraient trouver un terreau et un écho pour s’ancrer dans les racines profondes locales afin de réussir à long terme comme en Chine avec la mentalité locale millénariste du livre des Mutations qui a imprégné Confucius aussi bien avant dans le Taoïsme ancien. Tel est l'enjeu pour la jeunesse africaine : une mobilisation qui ne s'enracine pas dans les traditions vivantes du continent restera, comme l'authenticité de Mobutu, un slogan sans lendemain. La rue lycéenne française a ses références ; il appartient aux lycéens et étudiants africains de retrouver les leurs.

Ivan Ilyine, ou l'idée qui mobilise une nation

Poutine s’arrime aussi sur une culture chrétienne orthodoxe virulente avec, on peut s’en douter, un arrière-plan dialectique du type marxiste certainement, contre le Nouvel Ordre mondial. Poutine s'est mis aussi à lire Ivan Ilyine. Avec son livre Sur la résistance au mal par la force, paru en 1925, Ilyine réfute la théorie de la non-violence popularisée par Léon Tolstoï.

Ilyine veut montrer qu'on ne viole pas l'éthique chrétienne lorsqu'on s'oppose au mal, au besoin par la force. Quand on a épuisé tous les moyens pacifiques face à une agression extérieure, il est nécessaire de faire usage du glaive. Il y a même dans cet acte, selon Ilyine, une nécessité historique.

Toute l’histoire de l'humanité se résume en ceci qu'à des époques différentes et dans des communautés diverses les meilleurs sont morts sous les coups des pires. Tant que les meilleurs ne se décident pas à opposer aux pires une résistance planifiée et organisée. (Michel E., 2015, p. 49). Ilyine en appelle à la construction d'une nouvelle idée russe. Il faut une nouvelle idée religieuse par ses sources et nationale par son sens spirituel. Seule une telle idée pourra faire renaître et refonder la Russie de demain.

Le président Tshisekedi semble pragmatique, il met en avant, un deal et un double corridor minier, USA et Chine, dans une sorte de non-alignement stratégique face au boum minier des minerais stratégiques et critiques. La dialectique congolaise de BMW n’est certes pas athée, elle est plutôt moulue dans une idéologie qu’on dirait de dialectique mécaniste qui s’arrime sur Dieu, ou au moins sur une force vitale dialectiquement presque immanente et transcendante.

Ilyine le rappelle à sa manière : une jeunesse ne se lève durablement qu'au service d'une idée qui la dépasse. Les lycéens français ont trouvé la leur dans la contestation ; la jeunesse africaine attend encore la sienne, et c'est à l'université qu'il revient de la lui offrir.

Éveiller la jeunesse africaine depuis ses universités

Puisqu’il s’agit de l’éducation de la jeunesse, finissons avec l’université congolaise. Parlons de la post-modernité congolaise. L'Université Lovanium a été une université catholique créée en 1954 avec l'accompagnement de Mgr Luc Gillon de l'Université catholique de Louvain en Belgique où je ferai plus tard mes stages doctoraux en 2006. Mgr Luc Gillon comme prêtre mettra déjà en avant une idée postmoderne de la valorisation de la foi face à la Raison. Plus justement en octobre 1967, on aura un Vice-Recteur congolais, Mgr Tarsis Tshibangu Tshishiku, diplômé de Théologie de l'Université Catholique de Louvain.

En 1971, en pleine zairianisation, Mobutu Sese Seko décide de la fusion de trois grandes universités du pays, fusion qui peut être considérée comme un changement d'option fondamentale qui plaçait les universités dans un double processus, l'un de sécularisation et l'autre de la philosophie de l'Authenticité congolaise mais sans philosophie conséquente officielle. L'université congolaise était devenue un méli-mélo philosophique. De la vision rationaliste des Lumières grecques satanistes à une philosophie congolaise (i.e. Luba, Kongo) vide d’idéologie.

Il nous faut aujourd'hui une philosophie africaine et congolaise plurielle explicite, dont l'orientation Luba, Kongo, etc., ouverte au monde.

L'Université de Lubumbashi, enfin, est née en 1955 de l'Université Libre de Bruxelles, fondée en 1834 dans les loges maçonniques pour répandre la philosophie des Lumières, cette « lumière grecque païenne » que dénonce le professeur Phoba ; l'Université de Kisangani procède, elle, de l'Université libre du Congo créée en 1963 par les missionnaires protestants. Chacun de ces héritages a façonné nos campus ; aucun ne les a enracinés dans nos propres traditions.

Des lycées parisiens aux amphithéâtres de Kinshasa, de Kisangani ou de Lubumbashi, la question demeure : quid de nos jeunesses en crise ? La réponse ne viendra ni de Paris ni de Moscou. Elle suppose que l'université africaine cesse d'être un méli-mélo philosophique pour devenir le lieu où la jeunesse apprend à penser à partir de ses propres racines, luba, kongo et pharaoniques, sans renoncer à l'ouverture au monde.

À cette condition seulement, l'éveil tant attendu de la jeunesse africaine pourra devenir une praxis, et non un simple écho des rues de France.

Références bibliographiques

  1. BACON, Francis, La Nouvelle Atlantide [New Atlantis], 1627.
  2. ELTCHANINOFF, Michel, Dans la tête de Vladimir Poutine, Arles, Solin / Actes Sud, 2015.
  3. FOURCHE, Tiarko et MORLIGHEM, Henri, Une Bible noire, Bruxelles, Max Arnold, 1973 ; rééd. Une Bible noire : cosmogonie bantu, Paris, Les Deux Océans, 2002.
  4. GALL, Michel, Le Yi-King, la Bible des Chinois, Paris, Robert Laffont, coll. « Les Énigmes de l’univers », 1980.
  5. ILYINE, Ivan, Sur la résistance au mal par la force, Berlin, 1925.
  6. KAGAME, Alexis, La Philosophie bantu-rwandaise de l’Être, Bruxelles, Académie royale des sciences coloniales, 1956.
  7. PHOBA MVIKA, Justin, Bergson et la théologie morale, Paris, H. Champion, 1977.
  8. PHOBA MVIKA, Justin, Libres opinions pour mémoire (fascicules), Université de Kinshasa, 2016-2017, en ligne : justinphobamvika.canalblog.com.
  9. PLATON, Timée ; Critias.
  10. TEMPELS, Placide, La Philosophie bantoue, Élisabethville, Lovania, 1945 ; Paris, Présence africaine, 1949.
  11. Le Livre pour sortir au jour (Livre des morts des anciens Égyptiens).
  12. Yijing, Le Livre des Mutations.
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